ENTETE1

MRAP

Tribune collective « Non-prolifération des armes nucléaires : les parlementaires doivent prendre leur responsabilité » publiée dans L’Humanité




Tribune signée par François Sauterey co-président du MRAP national.

La tribune a été publiée le 28 avril par le journal L’Humanité dans sa version internet et le 7 mai 2026 en version papier.

La conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) qui s’ouvre à New York, risque d’acter un troisième échec consécutif qui marquerait une forme de mort cérébrale du traité. La France en sera responsable, comme les autres puissances nucléaires démocratiques et autoritaires. 18 organisations membres de la campagne ICAN France appellent à la responsabilité des parlementaires

La 11e conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) se tient à New York du 27 avril au 22 mai. En mettant en avant l’idée d’un « nouvel âge nucléaire », le président Macron éloigne la France de ses obligations découlant de ce Traité. Ce choix interroge le rôle des parlementaires.

Les 193 États parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) réussiront-ils cette fois à dégager un consensus sur un document final ? Les deux précédentes conférences, en 2015 et 2022, ont échoué à le faire. Ce rendez-vous crucial, s’ouvre dans un contexte de fragilisation profonde du TNP, alors que les tensions internationales s’intensifient et que les déclarations de menaces d’emploi d’armes nucléaires se multiplient. Cette érosion du tabou nucléaire est trop souvent attribuée aux seuls États proliférateurs (Corée du Nord, Inde, Pakistan ou Iran) comme l’a encore fait le président Macron lors de son discours à l’Ile Longue le 2 mars 2026.

Cette lecture, commode, exonère de leur propre responsabilité les cinq puissances nucléaires dotées, membres permanents du Conseil de sécurité, de leur propre responsabilité. Or, elles aussi contribuent aujourd’hui à cet affaiblissement du régime global de non-prolifération nucléaire.

La France, dernière des cinq États dotés à avoir ratifié le traité en 1992, après l’avoir longtemps dénoncé comme discriminatoire, a accepté en pleine connaissance de cause le compromis au coeur du TNP : la reconnaissance temporaire de la possession de l’arme nucléaire en échange d’une obligation à négocier de bonne foi en vue du désarmement. Cette obligation, présente dans l’article 6 du traité, rappelée par la Cour internationale de justice dans son avis consultatif, en 1996 (décision F), impose un objectif précis : parvenir au désarmement nucléaire.

Or les propos du président à l’Ile Longue contredisent cette obligation. L’augmentation annoncée de l’arsenal, qu’il s’agisse des forces aériennes stratégiques (FAS) ou du nombre de têtes nucléaires, éloigne la France de ses obligations au titre du TNP. Elle s’inscrit également en contradiction avec les engagements pris en 2000, en 2010, ainsi qu’avec la déclaration commune de janvier 2022 des cinq puissances nucléaires, qui visait à prévenir toute dynamique de course aux armements.

De même, l’annonce de la fin de la transparence sur l’arsenal rompt avec une pratique qui permet d’instaurer un minimum de confiance. Elle va nourrir désormais les spéculations. Enfin, la notion de « dissuasion nucléaire avancée », en intégrant des partenaires européens dans la réflexion ou les pratiques liées à la dissuasion, pose la question d’une forme d’élargissement de la logique nucléaire. Sans constituer une prolifération au sens strict, (tant que les FAS n’iront pas stationner avec leur armement sur d’autres bases européennes) cette évolution renforce la centralité de l’arme nucléaire dans les stratégies de sécurité européenne, en contradiction totale, encore, avec l’objectif du TNP.

L’ensemble de ces orientations appelle à l’ouverture d’un débat démocratique : comment la France entend-elle concilier ses choix militaires avec ses engagements en matière de non-prolifération et de désarmement ?

Enfin, le président Macron a lui-même formulé une réflexion qui mérite d’être interrogée : « Pour être libre, il faut être craint, et pour être craint, il faut être puissant. » Si chaque État cherche à être craint pour être libre, alors tous chercheront à acquérir l’arme nucléaire. Faire reposer la sécurité sur la peur, c’est accepter une logique de prolifération généralisée. Est-ce un futur souhaitable ?

Dans ce contexte, la conférence d’examen du TNP risque d’acter un troisième échec consécutif qui marquerait une forme de mort cérébrale du traité. La France en sera responsable, comme les autres puissances nucléaires démocratiques et autoritaires.

Face à cette situation, les parlementaires ont un rôle essentiel et portent donc une responsabilité directe. Ils ne peuvent se retrancher derrière un prétendu domaine réservé. Ils votent le budget, en définissent les priorités, et doivent ouvrir un débat public sur les choix engagés.

Poursuivre le financement de cette politique (près de 14 000 euros par minute) sans en interroger les fondements n’a pas de sens. D’autant que la théorie de la dissuasion nucléaire ne cesse de montrer ses failles, de la guerre en Ukraine aux tensions au Moyen-Orient.

Nous avons déjà connu un monde structuré par la peur nucléaire. Nous savons ce qu’il implique : crises permanentes, risques d’escalade et possibilité toujours présente d’un emploi aux conséquences catastrophiques. Offrir cet horizon aux générations actuelles et futures, déjà confrontées au dérèglement climatique, serait une faute politique majeure.

La campagne ICAN France appelle les parlementaires et les partis politiques à prendre leurs responsabilités. Si la France se veut réellement une puissance d’équilibre, elle doit le démontrer par ses actes : en respectant ses engagements au titre du TNP et en participant, a minima comme État observateur, à la conférence d’examen du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires prévue en novembre 2026.

La sécurité collective ne peut être fondée ni sur la peur, ni sur l’accumulation d’armes de destruction massive. Elle repose sur le droit, la diplomatie, la coopération et la volonté politique de sortir de la logique nucléaire.

Organisations membres de ICAN France signataires :

Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, François Sauterey co-président ; LDH (Ligue des droits de l’Homme), Nathalie Tehio, présidente ; Observatoire des armements, Patrice Bouveret, directeur ; Initiatives pour le Désarmement Nucléaire, Bernard Norlain Président, Général 2S ; Réseau sortir du nucléaire, Raquel Diaz Gonzalez, Coordinatrice des activités antinucléaires ; Mouvement National de Lutte pour l’Environnement, MNLE ; Mouvement UTOPIA ; Le Mouvement de la paix ; Collectif Bourgogne Franche-Comté pour l’Abolition des armes nucléaires ; Université Européenne de la Paix ; Le Mouvement international de la Réconciliation, MIR-France ; Agir pour le Désarmement Nucléaire, ADN ; Mouvement pour une Alternative Non-violente, MAN ; Vosges Alternatives au Nucléaire ; Construire et Alerter par la non-violence Active, CANVA ; Feyzin-Europe.

1er mai : mémoire, vérité, résistance




Communiqué commun dont le MRAP est signataire et appel à rassemblement le vendredi 1er mai de 9h30 à 11h, Pont du Carrousel à Paris.

Le 1er mai 1995, Brahim Bouarram était assassiné, jeté dans la Seine par des militants d’extrême droite sortis d’un défilé du Front national. Ce crime n’était pas un fait divers. C’était le produit d’un racisme politique.
Depuis d’autres noms, d’autres vies, se sont ajoutés à cette liste tragique. Et derrière chaque nom, il y a des familles brisées, des silences imposés, des injustices qui perdurent. Plus de trente ans, rien n’est réglé. Le racisme ne recule pas : il avance, il s’affiche, il s’impose. L’extrême droite dicte l’agenda, contamine les discours, infiltre les politiques.

Islamophobie décomplexée, stigmatisation des immigré-e-s, chasse aux exilé-e-s, lois liberticides : ce qui tuait hier est aujourd’hui banalisé. Diviser pour mieux dominer. Fabriquer des boucs émissaires pour masquer les responsabilités dans la précarité, les inégalités et la violence sociale.

Nommons les choses : nous faisons face à un processus de fascisation.

Face à cela, il n’y a pas de neutralité. Il n’y a pas de compromis possible. Nous refusons de nous taire. Nous refusons de nous habituer. Nous refusons de laisser faire. Se souvenir de Brahim Bouarram et de toutes les victimes de crimes racistes, ce n’est pas commémorer passivement. C’est continuer la lutte. Contre le racisme d’en haut comme d’en bas. Contre l’extrême droite et ceux qui reprennent ses idées. Contre un système qui exploite, exclut et attise la haine.

Pas de mémoire sans justice. Pas de justice sans rapport de force.

Le 1er mai, faisons front.

Rassemblement – Le vendredi 1er mai de 9h30 à 11h, Pont du Carrousel à Paris

Signataires :

MRAP ; ATMF ; LDH (Ligue des droits de l’Homme) ; Action Antifasciste Paris –Banlieue ; Action Justice Climat Paris ; ACORT ; Act Up-Paris ; AFAPREDESA ; AMDH-Paris ; AMF ; APCV ; Asdhom ; ASIAD ; Assemblée des Quartiers ; ATF ; Attac France ; CADTM France ; Cedetim/ Ipam ; Collectif « D’Ailleurs Nous Sommes d’Ici » ; Collectif des Musulmans Anticapitalistes ; Collectif les Mères Déters ; Collectif Vietnam-Dioxine ; Comité Adama ; Coordination Pas sans Nous ; COPAF ; CORENS ; Coudes à coudes ; CRDLHT ; DAL ; Droit devant ; Fasti ; Femmes Egalité ; Femmes Plurielles ; Fondation Frantz Fanon ; Front de mères ; FTCR ; FUIQP ; Gisti ; Jeunesse Populaire ; Ka Ubuntu ; L’Institut Mehdi Ben Barka-Mémoire vivante ; Mémorial 98 ; Raar ; REMCC ; Réseau Féministe « Rupture » ; Résister Aujourd’hui ; Solidarités Asie France ; Tsedek ; UJFP ; Union Générale des Vietnamiens de France ; UTAC ; UTIT ; VISA ; CNT ; UD CGT ; UL CGT Paris 18e ; Union Syndicale Solidaires ; EELV ; La France Insoumise ; l’Après – l’Alliance pour une République écologique et sociale ; Les Verts populaires NPA-A ; PCF ; PCOF ; PEPS-Pour une Ecologie Populaire et Solidaire ; Révolution Permanente ; URCommuniste, CLARA.


Communiqués du MRAP (Voir aussi les appels et communiqués dont le MRAP est signataire)


Communiqués de Collectifs soutenus par le MRAP