Non à la casse sociale au profit de l’économie de guerre

Avec les annonces gouvernementales, le temps de la guerre et de sa préparation s’est brusquement accéléré ces dernières semaines. Nous assistons au retour du débat sur l’augmentation du budget militaire et le financement du secteur de l’armement. Face à cette accélération ne laissons pas la peur l’emporter sur la raison.

Venant d’un gouvernement qui refuse de taxer les plus riches, mettre en avant l’augmentation des dépenses d’armement n’est qu’un moyen de s’attaquer encore un peu plus à la Sécurité sociale et aux services publics. M. Bayrou ment quand il dit vouloir à la fois augmenter les budgets militaires et préserver notre modèle social.

L’utilisation de l’épargne populaire — Livret A et Livret de développement durable et solidaire — pour financer l’industrie de l’armement est revenue dans le débat.

Déjà en mars 2024, une forte mobilisation citoyenne s’était traduite notamment par une tribune signée par plus d’une centaine de responsables syndicaux, associatifs et politiques et de nombreux parlementaires pour s’opposer à l’usage de l’épargne des Français, pour financer l’industrie d’armement. Le Conseil constitutionnel a rejeté plusieurs dispositions législatives du projet de loi de finances 2024 prévoyant cette utilisation de l’épargne populaire.

La France s’enfonce dans une crise systémique avec 350 000 SDF et 2,7 millions de ménages en attente d’un logement social. Elle se traduit aussi par une régression des services publics qui porte atteinte à la cohésion sociale et territoriale. L’État doit, en urgence, dégager des moyens supplémentaires pour le logement, en particulier social. Il en va de même pour le financement de la transition écologique. À cet égard, il convient de mobiliser beaucoup plus fortement les ressources du Livret A qui sont sous-utilisées.

D’autre part, nous sommes conscients des tensions de plus en plus dangereuses en Europe et solidaires du combat mené par le peuple ukrainien contre l’invasion de son territoire. Tout comme nous le sommes du peuple palestinien vis-à-vis de la colonisation qu’il subit.

Nous appelons à la mise en place d’un très large débat national en faveur d’un vivre ensemble qui prépare une paix juste et durable et ne vienne pas alimenter les prochaines guerres mais au contraire concoure au développement de la coopération entre les peuples.

Par cela nous entendons :

privilégier une économie qui ne soit pas une “économie de guerre” susceptible d’alimenter une “course aux armements”, notamment nucléaires, qui ne profiterait qu’au secteur de l’industrie de l’armement ;

privilégier une économie et une gestion des finances publiques aptes à susciter la cohésion nationale la plus large en veillant à sauvegarder notre modèle de société (valeurs démocratiques, services publics, systèmes de protection sociale, y compris les retraites…). Emmanuel Macron appelle désormais la France à “revisiter ses choix budgétaires” en déclarant sans débat public préalable : “On doit augmenter notre effort de guerre”. Et cela au moment même où l’extrême-droite se nourrit de tous les errements politiques …

Nous appelons toutes et tous les responsables des organisations associatives, syndicales et politiques (s’inscrivant dans l’arc républicain) à nous rejoindre pour mobiliser l’opinion publique et créer les conditions d’un débat national en faveur de la mise en place d’une paix juste et durable conforme à nos valeurs démocratiques et sociales.

Tribune signé par François Sauterey, coprésident du MRAP. Liste entière des signataires accessible via le lien suivant : https://www.humanite.fr/en-debat/economie-de-guerre/non-a-la-casse-sociale-au-profit-de-leconomie-de-guerre