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Tribune collective « Jusqu’à quand CNews va-t-elle insulter quotidiennement les noirs, les immigrés et leurs enfants, les musulmans ou les arabes ? »




Tribune collective signée par Kaltoum Gachi, coprésidente du MRAP national

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A l’occasion des dernières élections municipales, plusieurs villes françaises, et singulièrement en Ile-de-France, ont vu une nouvelle génération de maires émerger. Souvent plus jeunes que les édiles qu’ils ont parfois battus à la surprise générale, ils ont également la particularité d’avoir des aïeux venus du Maghreb ou de l’Afrique subsaharienne.

Une des victoires les plus emblématiques fut celle, dès le premier tour du scrutin, obtenue par Bally Bagayoko à Saint-Denis, deuxième plus grande ville de l’Ile-de-France derrière Paris. Pour la première fois dans l’histoire de cette ville héritière de maintes vagues de migrations nationales et internationales, le premier magistrat était issu d’une immigration extra-européenne.

Aussitôt, une vague de racisme s’abattait sur Bally Bagayoko et, à travers lui, sur une ville présentée comme le lieu d’une France envahie et, de ce fait, en voie de décivilisation.

A peine avait-il prononcé quelques mots le soir de sa victoire en évoquant « la ville des rois » que les personnalités d’extrême droite prétendaient, à des fins malveillantes, qu’il avait présenté Saint-Denis comme « la ville des noirs ». Les clichés racistes qui voudraient que Bally Bagayoko – réduit à sa condition d’homme noir – ait pu prononcer cette phrase sont tellement ancrés que cette accusation fantaisiste a rapidement débordé des réseaux sociaux et des médias de Vincent Bolloré. En effet, cette accusation s’est invitée sur les plateaux de chaînes habituellement traversées par une exigence déontologique qui a subitement fait défaut.

Cette première polémique raciste a fait long feu tant elle était grossière. Mais, dans les médias de Vincent Bolloré, le racisme a trouvé rapidement d’autres véhicules.

Après deux semaines durant lesquelles les maires issus des immigrations maghrébine et subsaharienne ont été un sujet obsessionnellement ressassé sur CNews, cette chaîne a été le cadre d’expression d’un racisme antinoir particulièrement débridé.

Interrogé vendredi dernier sur CNews afin qu’il dise si Bally Bagayoko essayait de « pousser les limites », le psychologue Jean Doridot déclarait : « Nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes. Et par conséquent, dans toute collectivité, dans toute tribu – nos ancêtres chasseurs-cueilleurs vivaient en tribus -, il y a un chef qui a pour mission d’installer son autorité. »

Le lendemain sur la même chaîne, Michel Onfray prêtait au maire de Saint-Denis l’attitude d’un « mâle dominant » à qui il conviendrait de rappeler que nous ne sommes pas dans une « tribu primitive ».

Après que Jean Doridot a parlé dans un même raisonnement de Bally Bagayoko et d’un « singe » auquel le racisme pseudoscientifique a souvent renvoyé les noirs, Michel Onfray place M. Bagayoko et les Dyonisiens au sein de « tribus primitives » au comportement digne de primates. Dans les deux séquences incriminées, les propos relèvent de l’animalisation et du déni de civilisation. Il n’est même pas besoin de spécifier la couleur de peau de M. Bagayoko. Les personnes sur le plateau et les auditeurs sont suffisamment en connivence pour apprécier la nature raciste des tirades.

Quel que soit l’avis que l’on a sur l’appartenance politique de monsieur Bagayoko ou sur celles – au demeurant diverses – d’autres élus également visés par le racisme depuis leur récente élection, ces attaques doivent être qualifiées pour ce qu’elles sont : inacceptables au regard des principes que la République proclame, destructrices du lien social et attentatoires à la dignité, à la quiétude et à l’effectivité des droits des personnes visées.

Alors que l’extrême droite rêve de s’emparer du pouvoir exécutif dans quelques mois afin de mettre en pratique un programme traversé par le racisme et la xénophobie, nous ne pouvons accepter que la nécessaire condamnation du racisme devienne évanescente ou soit considérée comme une activité suspecte.

A cet égard, nous appelons l’ensemble des responsables politiques à cesser de courir derrière l’extrême droite et son programme. Alors que Bally Bagayoko subit des assauts racistes, il n’est pas très digne qu’un ministre, à l’exemple de David Amiel, nourrisse une polémique dont nul ne saurait ignorer l’intention raciste.

Nous appelons également les responsables des médias à donner à la parole antiraciste l’espace qu’elle mérite, loin de la marginalisation dans laquelle elle se trouve jetée au moment même où elle n’a jamais été aussi utile.

Nous interpellons enfin l’Arcom qui, en tant que régulateur de l’audiovisuel, a récemment renouvelé l’agrément de CNews malgré l’évidente volonté de cette chaîne de propager le racisme dans le pays. Que l’on en juge : sur cette chaîne d’opinion camouflée en chaine d’information, il a pu être dit que « Pétain a sauvé les juifs français », que « les mineurs étrangers sont tous des violeurs » ou qu’Aya Nakamura est une « énorme chanteuse malienne », sans parler de la réalité parallèle dans laquelle cette chaîne installe ses auditeurs par des obsessions xénophobes qui constituent l’architecture fondamentale de nombre de ses émissions. Nous constatons également que ces transgressions manifestes de la convention qui lie C News à l’Arcom n’entraînent que des réponses – blâmes ou amendes – à l’inefficacité avérée. Alors, nous posons une question simple au régulateur de l’audiovisuel : jusqu’à quand C News va-t-elle pouvoir insulter quotidiennement les noirs, les immigrés et leurs enfants, les musulmans ou les Arabes ? Si le racisme ne se combat pas par les seules sanctions, il se trouve que celles-ci font partie de l’éventail des modalités par lesquelles le racisme, l’antisémitisme, le négationnisme ou la xénophobie sont combattus. Alors, nous demandons à l’Arcom de prendre enfin des sanctions dignes de ce nom à l’endroit d’une chaîne qui, pour le malheur de nombreux citoyens et pour celui de la santé de notre démocratie, enfreint quotidiennement, massivement et volontairement les engagements auxquels elle est tenue en vertu de la loi et de sa convention d’agrément.

Premiers signataires :

Kaltoum Gachi, Co-présidente du Mrap – Dominique Sopo, Président de SOS Racisme – Émile Ackermann, Rabbin et formateur à la lutte contre l’antisémitisme – Christiane Ahouefa Fagbemi, Présidente de Cité des Chances – Chirinne Ardakani, Avocate et militante des droits humains – Hanna Assouline, Présidente des Guerrières de la Paix – Julia Basile, Avocate au Barreau de Paris – Amina Béji-Bécheur, Professeure des universités, Université Gustave Eiffel – Nadia Bendjaballah, Musicienne, soeur de Djamel Bendjaballah – Rachid Benzine, Politologue et écrivain – Magali Bessone, Professeure de philosophie, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne – Nawelle Beyahia-Djelloul, Directrice des relations publiques de Cité des Chances – Sophie Binet, Secrétaire générale de la Confédération générale du travail – Nassim Bourzoufi, Professeur, cousin de Djamel Bendjaballah – Nicolas Cadène, Cofondateur et vice-président de la Vigie de la laïcité – Erika Campelo, Déléguée nationale de VoxPublic – Philippe Corcuff, Professeur de science politique à Sciences Po Lyon – Lionel Crusoé, Avocat au Barreau de Paris – Marie Darrieussecq, Autrice – Etienne Deshoulières, Avocat de Stop Homophobie – Julie Ferrua, Co-déléguée générale de l’Union syndicale Solidaires – Emmanuel Gordien, Virologue, Président du CM98 – Murielle Guilbert, Co-déléguée générale de l’Union syndicale Solidaires – Bérénice Hahn de Bykhovetz, Avocate au barreau de Paris – Nassurdine Haidari, Président du Conseil représentatif des associations noires de France – Sacha Halgand, Responsable du projet « Salam Shalom Salut » – Jonathan Hayoun, Réalisateur – Albert Herszkowicz, Président du Collectif CLARA (Collectif de lutte antifasciste contre le racisme et l’antisémitisme) – Tayeb Khouira, Secrétaire national de l’Union syndicale Solidaires – Smaïn Laacher, Professeur d’Université – Fatym Layachi, Membre des Guerrières de la Paix – Marylise Léon, Secrétaire genérale de la CFDT – Lorenzo Leschi, Porte-parole du collectif Golem – Yannick L’Horty, Economiste – Marie-Anne Matard-Bonucci, Professeure d’Histoire contemporaine à l’université Paris 8, Présidente d’ALARMER – Dominique Meda, Professeure d’université – Romain Montbeyre-Soussand, Responsable du projet « Salam Shalom Salut » – Manon Moret, Secrétaire Générale de l’UNEF – Victoria Moulin, Avocate au Barreau de Paris – Suzanne Nijdam, Présidente de la FAGE – Marion Ogier, Avocate au barreau de Paris – Mathieu Petresco, Avocat au Barreau de Paris – Camille Pichol-Thievend, Avocate au barreau de Paris – Lucie Rain, Avocate au Barreau de Paris – Frédérique Reibell, Vice-présidente du Collectif CLARA (Collectif de lutte antifasciste contre le racisme et l’antisémitisme) – Sebastian Roché, Directeur de Recherche au CNRS – Serge Romana, Professeur de médecine, fondateur de CM98 – Saena Sadighiyan, Sociologue et artiste calligraphe – Nour-Eddine Skiker, Président de Jalons pour la paix – Leïla Slimani, Ecrivaine – Benjamin Stora, ancien président du musée de l’immigration – Aïda Tavakoli, Co-présidente de We are Iranian Students et membre des Guerrières de la Paix – Nathalie Tehio, Présidente de la LDH (Ligue des droits de l’Homme) – Dominique Tricaud, Avocat au Barreau de Paris, Ancien membre du Conseil de l’ordre – Fadela Vaillant, Vice-présidente des Guerrières de la Paix – Michel Wieviorka, Sociologue – Alice Zeniter, Ecrivaine.

Appel au rassemblement samedi 4 avril à 14h, contre le racisme, les discriminations et la haine de l’autre, devant la mairie de Saint-Denis.




Le nouveau maire de Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine, M. Bally Bagayoko, fait l’objet de la part de l’extrême droite d’une campagne raciste d’une rare virulence s’agissant d’un élu de la République. D’autres maires sont également visés par des propos racistes.

Nos organisations rappellent que la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 ainsi que la Constitution de 1958 proclament l’égalité de toutes et tous devant la loi. L’élection de ces maires est la concrétisation de cette promesse républicaine d’égalité.

Nous appelons donc toutes celles et tous ceux qui sont attaché.es à l’égale dignité des êtres humains et au respect de leurs droits fondamentaux à se joindre le samedi 4 avril à 14h au rassemblement contre le racisme, les discriminations et la haine de l’autre qui se tiendra devant la mairie de Saint-Denis.


Communiqués du MRAP (Voir aussi les appels et communiqués dont le MRAP est signataire)


Communiqués de Collectifs soutenus par le MRAP