1er mai 1995 – 1er mai 2022

Contre le racisme, l’extrême droite et ses idées, plus que jamais mobilisés Intervention de François Sauterrey, co-président du MRAP

Le 1er mai 1995, Brahim Bouarram, 29 ans, profite d’une journée ensoleillée sur les quais de Seine. Pour son malheur, il rencontre des individus, des skeadhead, des nervis fascistes qui viennent de quitter le défilé du Front National. Ces mains criminelles vont le précipiter dans la Seine et mettre fin à ses jours, laissant un orphelin.

Manifestation à Paris Le 3 mai 1995 suite à l’assassinat de Brahim Bouarram le 1er mai 1995 - Photo de Jean Yves Treiber


Cette année, ce 1er mai, nous sommes à nouveau sur le Pont du Carrousel : nous n’oublions pas, nous ne pardonnons pas. Nous n’oublions pas parce que ces rassemblements tous les 1er mai sont devenus le symbole du nécessaire combat contre le racisme sous toutes ses formes, combat qui est plus que jamais d’actualité, après les scores de Marine Le Pen et de Zemmour et les discours des Ciotti, Pécresse… et tous ceux qui reprennent leurs idées.
Nous n’oublions pas non plus toutes les autres victimes du racisme, et malheureusement, elles sont nombreuses, tels Ibrahim Ali, Mohammed Khouas, Ilan Halimi, Saïd El Barkaoui, les victimes de Mohammed Merah, Sarah Halimi.

Oui, le racisme tue ! Oui, les bras assassins sont armés par des discours de haine et de rejet de « l’Autre » parce que différent.

Cette montée du racisme, des idées d’extrême-droite, n’est pas propre à la France : les nuages bruns s’amoncellent en Scandinavie, Pologne, Hongrie… Dans toute l’Europe, l’extrême-droite est en phase ascendante et dans certains pays, elle est aujourd’hui une menace immédiate.
Mais, lueur d’espoir, la défaite électorale en Slovénie de Janez Janša, l’apprenti Orban, et la défaite de Marine le Pen.
Comment ne pas penser à cette Europe de la honte qui fait de ces mers le cimetière de milliers d’hommes, de femmes, d’enfants, victimes de trafiquants sans scrupules et du verrouillage de nos frontières ?
Comment ne pas penser à tous ces murs qui se construisent en Pologne, en Grèce, en Hongrie, tout autour de l’Europe ?
Comment oublier que le Royaume-Unis vient de vendre ses migrants au Rwanda, que la Turquie est payée pour bloquer les réfugiés de Syrie (victimes des mêmes bombes de Poutine que les Ukrainiens) et que les migrants qui sont capturés en Méditerranées sont refoulés en territoire libyen où ils sont soumis à des conditions de vie inhumaines : insuffisance de nourriture, d’eau, de soins médicaux, mais aussi passages à tabac, tortures, viols, esclavage, homicides… Personne ne l’ignore plus, mais notre président ne fait rien !
En France, les préjugés xénophobes et racistes continuent d’imprégner le discours politique français, bien au‑delà des partis qui en ont fait leur honteux fonds de commerce.
Les droits des migrants sont sans cesse remis en cause, au mépris des engagements internationaux de la France, le droit de vote pour les résidents non communautaires a été « oublié », les expulsions d’étrangers n’ont jamais été aussi nombreuses, les contrôles au faciès perdurent, les Rroms sont violemment expulsés de bidonville en bidonville. La politique du gouvernement Macron 1, la persistance des discriminations mine le vivre ensemble : comment s’étonner dans ces conditions de la banalisation du racisme ?
L’extrême droite vient d’être battu à l’élection présidentielle, il faudra la battre aux législatives. Notre nouveau-ancien président devra faire des gestes significatifs, à Calais, à Marseille, à l’UE, s’il veut pouvoir prétendre avoir entendu ceux qui ont voté pour faire barrage à l’extrême-droite.
Les inégalités sociales qui bafouent les valeurs de la République, les lois liberticides qui cherchent à interdire les manifestations, la violence des « forces de l’ordre » qui à coups de LBD ont mutilés tant de manifestants, ont créé un terreau favorable à ces discours et politiques inacceptables qui reçoivent un écho dans la population. Cette population qui moins elles voit de « noirs » ou « d’arabes » et plus elles en à peur ! Marine Le Pen fait ses moins bons scores dans le 93 et les plus élevés dans les campagnes !
Le désarroi social, le sentiment d’abandon de larges secteurs urbains et ruraux expliquent aussi le vote Front National même si nous savons que l’extrême‑droite n’a jamais, et nulle part, été synonyme de progrès social et économique, bien au contraire.
Il faudra, maintenant qu’il est élu que Macron nous entende, entende tous ceux qui luttent pour leur pouvoir d’achat,, leur retraite, leur condition de travail, leur régularisation !
C’est pour tout cela que le MRAP appelle à se joindre aux cortèges du 1er mai avec toutes les associations antiracistes, les associations de défense des migrants, des sans-papiers, mais aussi les associations kurdes, afghanes, syriennes, sarahoui, latino-amécaines et toutes les autres.
En ce triste anniversaire de l’assassinat de Brahim, le MRAP tient à rappeler que le racisme est un phénomène dont les cibles et les formes peuvent, selon les moments et les circonstances, se développer, s’atténuer ou renaître de leurs cendres, et « qu’il est encore fécond le ventre d’où a surgi la bête immonde ».
La solution n’est évidemment pas dans de futurs matins bruns, mais dans la mobilisation pour une véritable égalité des droits en déconstruisant les préjugés historiquement instillés pour justifier toutes les dominations, notamment l’esclavagisme et le colonialisme pour ce qui concerne notre histoire récente. C’est pour cela que le MRAP propose la création d’un « musée national de la colonisation », pour construire une mémoire commune.
C’est pour cet objectif que les antiracistes sont, doivent être, mobilisés. Il y a urgence, des jours difficiles nous attendent. Il faut renforcer notre outil : les organisations antiracistes et en premier lieu... le MRAP !

Paris le 1er mai 2022