Le prévenu était poursuivi pour avoir créé et administré le site internet « jesuispartout.com » ainsi que la page VKontakte « Ils sont partout ». Ces plateformes diffusaient des cartographies et des listes de personnalités presque exclusivement juives, présentées comme contrôlant la politique, les médias, la culture et l’économie, sous des titres évocateurs tels que « Qui ? Qui contrôle quoi ? ». Le nom du site renvoyait explicitement au journal collaborationniste et antisémite « Je suis partout », tandis que le fond jaune évoquait l’étoile imposée aux Juifs sous l’Occupation. La page VK accueillait également de nombreux commentaires antisémites d’une violence extrême, que le prévenu n’a pas modérés.
Le Tribunal a rendu une décision exemplaire en condamnant l’auteur à 6 mois d’emprisonnement ainsi qu’à une inéligibilité de 3 ans, peine complémentaire. Pour la première fois, un délinquant primaire écope d’une peine de prison pour ce type de faits. Cette fermeté contraste nettement avec la relative clémence souvent observée dans des affaires similaires, notamment à l’encontre de figures antisémites comme Alain SORAL, régulièrement sanctionné par de simples jours-amende pour des propos équivalents ou tout aussi graves. Le MRAP, qui s’est naturellement constitué partie civile, par la voix de son avocat, Maître Jean-Louis LAGARDE, obtient également 800 euros de dommages et intérêts et 500 euros en frais de procédure.
Le MRAP salue la rigueur du tribunal, qui a retenu la totalité des qualifications et a particulièrement motivé sa décision en soulignant que le site poursuivait comme unique objectif de diffuser l’idée d’une hégémonie juive dans les postes clefs, stéréotype antisémite véhiculé depuis la parution du pamphlet « Les Protocoles des Sages de Sion ». Le jugement relève également que « par l’exposition froide et désincarnée de près de 600 personnalités supposées juives nominativement désignées, dans un site, qui par son seul nom et les références explicitement antisémites qu’il charrie, appelle à les traiter de façon négative, l’auteur exhorte à la haine et à une nécessaire réaction contre des personnes et une communauté désignées comme des cibles, selon un procédé dont les précédents historiques et les conséquences sont tristement avérés ».
Alors que la proposition de loi YADAN sera débattue à l’Assemblée nationale les 16 et 17 avril prochains, ce jugement démontre à nouveau que le cadre législatif français existant permet déjà à la justice de réprimer efficacement les véritables manifestations d’antisémitisme, sans qu’il soit nécessaire de voter de nouvelles lois, au risque d’adopter alors des dispositions liberticides et de rompre l’unicité de la lutte contre les différentes formes de racisme.
MRAP
14/04/2026