Si dans sa Constitution le Royaume du Maroc réaffirme son attachement aux droits de l’Homme tels qu’ils sont universellement reconnus et garantit les libertés de pensée, d’opinion et d’expression sous toutes leurs formes (art. 25), l’article 275 e/ du Code pénal (adopté le 15 août 2016) en limite la portée en punissant quiconque insulte la religion musulmane, la monarchie ou incite à porter atteinte à l’intégrité territoriale du Royaume.
En d’autres termes, il est interdit de critiquer le souverain (et les membres de sa famille) ou ses décisions, ainsi que revendiquer l’indépendance du Sahara occidental (sous occupation illégale de la part du Maroc), bien que l’ONU considère le territoire comme "non autonome", ayant un statut séparé et distinct de celui du royaume et que la Cour Internationale de Justice, dans son avis consultatif de 1975, avait affirmé que les éléments et renseignements portés à sa connaissance n’établissent l’existence d’aucun lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara occidental et le Royaume du Maroc.
Ali Lmrabet, arrêté dimanche 12 juillet lors son débarquement à Tanger se trouve encore une fois à devoir affronter la répression des autorités judiciaires marocaines à cause de ses activités journalistiques. Depuis 2015 il est exilé en Espagne à cause de l’interdiction d’exercer son métier de journaliste qu’on lui avait faite, après qu’on lui ait fermé les publications qu’il avait créé et dirigé et qu’on l’ait condamné à trois ans d’emprisonnement pour "outrage au roi" et "atteinte à l’intégrité territoriale.
Si au sein des organes des Nations Unies le Royaume du Maroc se montre actif en matière de sécurité des journalistes et de lutte contre la corruption, sur le plan interne il en va tout autrement.
Au cours de ces vingt dernières années plusieurs journalistes marocains ont choisi l’exil, plusieurs journalistes sahraouis croupissent dans les geôles marocaines. L’historien franco-marocain Maâti Monjib est interdit de quitter le territoire afin qu’il ne puisse pas participer à des conférences académiques en France. La militante franco-marocaine Zineb El Kharroubi a été récemment condamnée pour avoir appelé à une manifestation pacifique devant l’ambassade marocaine à Paris.
Les militants sahraouis revendiquant le libre exercice du droit à l’autodétermination ont été condamnés à plusieurs dizaines d’années de prison. Parmi ceux-ci, Naâma Asfari est à son 39ème jour de grève de la faim illimitée afin que les autorités marocaines se conforment aux décisions en sa faveur (et de celle de ses camarades) des mécanismes onusiens des droits humains.
Attachant une importance toute particulière au principe d’universalité des droits humains, le MRAP appelle le Premier ministre et le gouvernement français à défendre les droits humains au Royaume du Maroc aussi et d’inclure dans le dialogue franco-marocain un volet dédié aux droits humains et de tout mettre en œuvre pour que tous les prisonniers d’opinion soient libérés.
Paris, le 16 juillet 2026