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Avril 1915 – avril 2018 : n’oublions pas le génocide arménien

Le samedi 24 avril 1915, à Constantinople, capitale de l’empire ottoman, 2345 Arméniens appartenant à l’élite intellectuelle sont arrêtés et exécutés sur ordre du gouvernement.


Le ministre de l’intérieur Talaat Pacha envoie un télégramme à la direction du parti des Jeunes Turcs à Alep : « Le gouvernement a décidé de détruire tous les Arméniens résidant en Turquie. Il faut mettre fin à leur existence, aussi criminelles que soient les mesures à prendre. Il ne faut tenir compte ni de l’âge ni du sexe. Les scrupules de conscience n’ont pas leur place ici » .

C’est le début d’un génocide, le premier du XXe
siècle. Il va faire entre 1,2 et 1,5 millions de victimes - massacres,
déportations, famines - soit les 2/3 de la population arménienne de
l’empire turc. Il va aussi conduire les survivants sur le chemin de
l’exil. En même temps que les Arméniens, ce sont toutes les autres
communautés chrétiennes qui ont été également exterminées dans la région
frontalière qui se trouve aujourd’hui à cheval sur la Turquie et l’
Iran : 500.000 à 750.000 Assyriens - soit 70 % de la population de
l’époque - environ 350 000 Grecs pontiques .

Comme le feront les nazis, le gouvernement ottoman s’emploie systématiquement à éliminer toute preuve du génocide : les photographies des convois de déportés sont interdites ; les missionnaires sont empêchés d’apporter nourriture, eau, vêtements aux rescapés ; la censure officielle interdit aux médias de faire mention des massacres.

Ce génocide avait eu des précédents : entre 1894 et 1896, comme les Arméniens réclament des réformes et une modernisation des institutions, le sultan en fait massacrer 200.000 à 250.000. Un million d’Arméniens sont dépouillés de leurs biens et quelques milliers convertis de force. Des centaines d’églises sont incendiées ou transformées en mosquées...
L’espace d’un seul mois - juin 1896 - dans la région de Van, au cœur de l’Arménie historique, pas moins de 350 villages sont rayés de la carte.

Après le crime, vient le temps de sa négation : la République turque refuse de reconnaître l’existence du génocide arménien et qualifie les événements de 1915-1916 de « Sözde Ermeni Soykırımı » (« prétendu génocide arménien »). Parler du génocide est passible de peines de prison.

Aujourd’hui, le génocide arménien n’est reconnu que par 21 pays, dont la France depuis 2012.

Pour le MRAP, l’apologie ou la négation du crime est intolérable en ce qu’elle prolonge et perpétue le crime lui-même. Il est nécessaire de mettre fin au négationnisme, quel qu’il soit, car il laisse ouvert le
champ à d’autres crimes contre l’Humanité. Il est d’autant plus
nécessaire de rappeler ce crime qu’aujourd’hui, Erdogan menace le Rojava (Kurdistan de Syrie) de purification ethnique et se rend coupable de crimes de guerre, voir de crimes contre l’humanité à l’encontre la population kurde de Turquie.

Paris, le 25 avril 2018